Mortalité prématurée et manque de nature: Bruxelles paralysée par la négligence politique
Carte blanche

Après plus de 600 jours de non-gouvernement, le collectif POWER4trees - rejoint par Save Donderberg, Marais Wiels Moeras, Saint Denis/Stop Inondations, Save Bergoje Trees, CCN Vogelzang CBN, Alliance Marais Biestebroeck, Bruxelles Nature - alerte sur l’urgence sanitaire à Bruxelles en lien avec le manque d'espaces verts : selon une étude majeure publiée en 2021 dans la revue The Lancet Planetary Health, la Région de Bruxelles-Capitale figure parmi les capitales européennes où le manque d’espaces verts pèse le plus lourd sur la mortalité prématurée, aux côtés d’Athènes, Budapest, Copenhague et Riga. Où en est-on aujourd'hui ?
Bruxelles parmi les mauvais élèves européens en matière d'espaces verts
Cette étude, qui analyse l’impact du déficit de verdure sur la santé dans plus de 1 000 villes européennes, est sans appel : si Bruxelles respectait les recommandations de l’OMS en matière d’accès aux espaces verts (mesurés par l’indice NDVI), 426 décès par causes naturelles pourraient être évités chaque année dans la Région (intervalle de confiance 95 % : 321–632). Cela représente environ 5 % de la mortalité naturelle totale des Bruxellois, plaçant la capitale dans le quintile le plus défavorable parmi les capitales européennes.
Au niveau européen, atteindre ces recommandations aurait permis d’éviter 42 968 décès par an dans les 978 villes et 49 agglomérations analysées en 2015 (soit 2,3 % de la mortalité naturelle urbaine totale chez les adultes). Les chercheurs soulignent que l’augmentation de l’accès aux espaces verts constitue l’un des leviers sanitaires les plus efficaces pour réduire la mortalité prématurée, renforcer la résilience climatique et améliorer la qualité de vie, notamment via la préservation du patrimoine végétal et des sols vivants existants, la création d'espaces verts, la végétalisation des espaces publics, les corridors verts, la dés-imperméabilisation des sols et les solutions fondées sur la nature notamment dans les quartiers les plus défavorisés.
Parmi les capitales européennes, Bruxelles se classe dans le groupe où le fardeau de mortalité attribuable au manque d’espaces verts est le plus élevé, au même niveau qu’Athènes, Budapest, Copenhague et Riga. Autrement dit, l’insuffisance d’accès à la nature en ville y a un impact particulièrement important sur le nombre de décès prématurés, par rapport à la majorité des autres villes européennes mieux dotées en parcs et zones vertes.

Un vote qui enterre la biodiversité urbaine. Et maintenant ?
Face à cet enjeu vital pour la santé des 1,2 million d’habitants, les collectifs déplorent l’incapacité persistante des autorités bruxelloises à protéger efficacement le patrimoine arboré et les sols vivants de la Région. Ce 9 février 2026, le Parlement bruxellois a rejeté une proposition d’ordonnance visant à instaurer un moratoire sur l’urbanisation d’un nombre limité de friches urbaines pourtant essentielles à la biodiversité en ville. Ce vote prive la capitale d’une mesure minimale pour préserver ces îlots de nature indispensables aux écosystèmes urbains. Et maintenant ? La Déclaration de Politique Régionale du 13 février 2026 nous promet de sanctuariser 3 sites (Marais Wiels, Avijl et Donderberg) : c'est préserver un peu plus de 11 hectares de nature en ville, soit 0,07 % de la surface totale de la Région. C'est bien évidemment insuffisant.
À Bruxelles, on chiffre la destruction, pas l’avenir du vivant.
À cela s’ajoute un vide criant en matière de connaissances : il n’existe aucune donnée chiffrée coordonnée et actualisée sur le patrimoine végétal de la Région, ce qui empêche toute politique publique sérieuse et transparente. Combien d’arbres dans la Région ? Combien abattus ? Combien d’arbres plantés dans la Région ? Combien d’arbres plantés en compensation des abattages ? Quel pourcentage de canopée aujourd’hui et quel objectif à long terme ? Quels objectifs de verdurisation ? Quels objectifs de perméabilisation des sols ? Seules existent les statistiques urbanistiques renseignant les permis d'abattage d'arbres à haute tiges : en dehors des abattages liés à la gestion de la Forêt de Soignes, plus de 65 000 arbres condamnés depuis 2010 et, de l'aveu de l'administration, ces chiffres ne seraient pas fiables, ce qui est regrettable... Le mille-feuille administratif de la Région empêche toute transparence et clarté. Il n'y a aucune réponse à ces questions, pourtant urgentes.
L’imperméabilisation des sols dangereusement accélérée
Enfin, les rares statistiques disponibles sont éloquentes : les sols bruxellois sont imperméabilisés à une vitesse préoccupante. Plus de la moitié de la superficie régionale (53% en 2023) est désormais artificialisée, une proportion qui a doublé depuis 1955 et continue d’augmenter rapidement, aggravant les risques d’inondations, la perte de biodiversité et la dégradation de la qualité de vie.
Changer de paradigme. La nature en ville n'est pas que décor : ses sols vivants et ses arbres en sont des cœurs battants.
Les collectifs appellent les autorités bruxelloises (gouvernement, parlement, communes) et le secteur de la construction à prendre enfin la mesure de ces enjeux. Protéger les arbres, les friches et les sols vivants n’est pas un luxe, mais une nécessité vitale pour la santé des Bruxellois, pour la biodiversité, pour l’avenir de notre capitale et de l'ensemble de ses habitants visibles et invisibles.
POWER4trees s'inquiète de la disparition progressive des arbres et des sols vivants de la Région de Bruxelles-Capitale. Les arbres urbains sont le symbole visible du vivant en ville, ils permettent la vie d'innombrables êtres visibles et invisibles. Nous refusons de considérer les arbres comme un simple ornement de la ville et revendiquons qu'ils soient désormais traités avec le soin porté au vivant. Nous plaidons pour une réelle cohabitation avec le vivant en ville. POWER4trees soutient l'initiative citoyenne HELP4Trees (qui a récolté les 1000 signatures ouvrant le droit à une interpellation parlementaire). POWER4trees est membre de l'asbl Bruxelles Nature.

Sources :
Etude Lancet https://www.thelancet.com/journals/lanplh/article/PIIS2542-5196(21)00229-1/fulltext
Jugement : https://wearenature.brussels/wp-content/uploads/2025/11/20251029-jugement-WAN-RBC-sans-annexes.pdf
Abattages d'arbres : https://openpermits.brussels/fr/theme/tree_cutting/2026
Imperméabilisation des sols : https://environnement.brussels/citoyen/documentation-et-outils/etat-des-lieux-de-lenvironnement/inondations-et-impermeabilisation-des-sols#impermeabilisation-des-sols-bruxellois
Anne Bonew